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Hygiène bucco-dentaire et maladie cardiovasculaire : la santé des dents a-t-elle vraiment un impact sur le cœur ?
le 28/05/2026
On le sait, une bonne hygiène dentaire permet de préserver un beau sourire, mais ce que l'on sait moins, c'est qu'elle peut aussi protéger le cœur. Même si le lien entre santé bucco-dentaire et santé cardiovasculaire est aujourd'hui bien documenté, il est plus complexe qu'il n'y paraît. Pour en comprendre les mécanismes, nous avons interrogé le Dr. Corsia, chirurgien-dentiste exerçant au Centre Médical Ramsay Santé Atlas à Paris. Il est au contact quotidien de patients aux profils de santé variés et souvent fragilisés.
Les pathologies valvulaires : la grande vigilance
Si toutes les maladies cardiovasculaires ne présentent pas le même niveau de risque dans le cabinet dentaire du Dr. Corsia, les pathologies valvulaires constituent une priorité absolue. Le cœur fonctionne comme une pompe dotée de valves, de véritables clapets anti-retour. Lorsque ces valves présentent des fuites ou des déformations, d'origine congénitale ou acquise, elles deviennent des cibles de choix pour les bactéries buccales.
Le mécanisme est précis : lors d'un acte invasif en bouche, même un simple détartrage, des bactéries peuvent pénétrer dans la circulation sanguine et se fixer sur ces valves fragilisées. « Les valvules qui sont infectées peuvent donner ce qu'on appelle des endocardites d'Osler. Des infections de l'endocarde, et il y en a quand même un pourcentage non négligeable qui sont mortelles », avertit le Dr. Corsia.
Les bactéries le plus souvent en cause ? Les streptocoques du groupe D, naturellement présents dans la flore buccale, et qui deviennent dangereux dès lors qu'ils accèdent au flux sanguin d'un patient vulnérable.
Face à ce risque, le protocole est strict. « Dès qu'on fait un geste invasif dans la bouche, nous avons l'obligation de mettre le patient sous antibiotiques deux heures avant l'acte invasif », rappelle le praticien. Chez les porteurs de valve greffée, certains actes sont même formellement contre-indiqués : il est interdit de réaliser un traitement endodontique sur une dent suspecte d'infection (elle doit être extraite) et la pose d'implants est exclue.
Le risque invisible : des pathologies valvulaires souvent ignorées
Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante, c'est que de nombreux patients ignorent être porteurs d'une pathologie valvulaire. Une fuite mitrale ou aortique à un stade peu avancé ne génère aucun symptôme, ne nécessite aucun traitement, et peut donc passer totalement inaperçue, y compris aux yeux du patient lui-même.
« Si un patient a un souffle cardiaque et qu'il n'est pas au courant, il peut l'ignorer en raison de l’absence de signe clinique », illustre le Dr. Corsia.
Pour les patients qui ont connaissance de leur condition médicale, l'anamnèse, ce questionnaire médical réalisé en début de consultation, est un outil essentiel. En cas de doute, le chirurgien-dentiste prend directement contact avec le cardiologue du patient. « Le cardiologue, lui, connaît le grade de la valvulopathie et le pronostic », des informations que le patient lui-même ne détient pas toujours.
Cette collaboration interprofessionnelle, encore insuffisamment systématisée, est pourtant déterminante pour adapter le plan de traitement dentaire et éviter un acte qui pourrait avoir des conséquences graves.
Une relation qui fonctionne dans les deux sens
On l’a donc bien compris, la santé bucco-dentaire influence le cœur, mais ce dernier peut à son tour avoir un impact sur la bouche. Comme le résume le Dr. Corsia : « Ce sont les traitements médicaux que prennent les patients pour des pathologies cardiovasculaires qui peuvent avoir une incidence sur la bouche ».
C’est le cas notamment des traitements antihypertenseurs qui peuvent donner des hyperplasies gingivales, des ulcérations ou encore des pertes de salivation. Les anticoagulants et antiagrégants plaquettaires, eux, peuvent provoquer des saignements gingivaux. Des effets souvent méconnus des patients, qui justifient un suivi dentaire renforcé pour toute personne sous traitement cardiovasculaire.
Les bons réflexes pour tous : prévention et suivi régulier
Si le risque valvulaire concerne une population ciblée, la prévention bucco-dentaire s'adresse à tous. Le Dr. Corsia est catégorique sur ce point : « C'est très important de dire aux patients qui sont en bonne santé et qui ont la bouche en bon état de venir faire une fois par an un contrôle de leurs dents. »
Ce suivi annuel, voire deux à trois fois par an selon l'état de la bouche, permet de détecter des foyers infectieux silencieux avant qu'ils ne deviennent problématiques. Pour les patients qui cumulent une pathologie cardiaque avec d'autres fragilités (rénales, pulmonaires, hépatiques), le message est encore plus appuyé : « Il faut prendre soin de ses dents, avoir une très bonne hygiène et ne pas laisser traîner des caries ou des bouts de racines dans la bouche. »
Le praticien tient également à nuancer l'usage des antibiotiques, trop souvent perçus comme une réponse systématique. Leur prescription, encadrée par la Haute Autorité de Santé, doit être médicalement justifiée.
Au fond, le message du Dr. Corsia est simple : la bouche est le reflet, et parfois le vecteur, de l'état de santé général. Prendre soin de ses dents, c'est aussi, et indéniablement, prendre soin de son cœur et de son corps.